Votre phobie sociale de performance vous tétanise.

Vous avez l’impression que vous allez mourir. 

Ce n’est plus qu’une question de secondes.

Tout le monde vous regarde. 

Le grand patron a son regard posé sur vous. 

Meryam, la secrétaire que vous trouvez séduisante, vous observe du coin de l’oeil. 

Les membres de votre équipe attendent votre compte rendu. 

Bref, l’enfer. Toute l’attention est tournée vers vous. 

Voilà plusieurs jours que vous pensez à cette réunion. Elle vous trotte dans la tête sans vous laisser un moment de tranquillité. 

Le matin, la journée, le soir avant de dormir, elle vous hante. 

Et le pire, c’est que c’est comme ça tous les mois. 

Tous les mois à cause cette foutue réunion, vous êtes anxieux. 

Et en ce moment même, c’est l’apogée. 

Vos mains moites tremblent, votre coeur va exploser, votre souffle est court, votre tête tourne… 

Pourtant, vous n’arrivez pas à vous y habituer. 

« Il n’y a aucune raison de m’inquiéter, bon sang ! » vous répétez-vous.

Mais rien n’y fait. 

Votre panique est belle et bien là, s’accrochant comme une moule à son rocher, prête à surgir à la moindre situation de performance. 

Car oui, vous êtes victime d’une phobie sociale de performance

Vous en doutez encore ? 

Alors, lisez ce qui suit. Vous risquez très fortement de vous reconnaître au fur et à mesure que vous liez ces lignes. 

Phobie sociale de performance

Phobie sociale de performance : c’est quoi ? 

Attention tout d’abord, je souhaiterai faire une petite précision. Je vous conseille de relire cette phrase au moins deux fois pour bien en comprendre le sens. 

La phobie sociale implique un certain degré d’anxiété de performance, mais l’anxiété de performance ne signe pas forcément la phobie sociale.

PRID (Programme de Recherche et d’Information sur la Dépression)

Si vous êtes victime de phobie sociale de performance, alors certaines activités en public sont impossibles à réaliser. Pourtant, vous y arrivez parfaitement lorsque vous êtes seul. 

Parmi les dizaines de situations de phobie sociale de performance, les plus fréquentes sont : 

  • Parler en public
  • manger en face de quelqu’un
  • boire en face de quelqu’un
  • uriner dans des toilettes publiques
  • entrer dans une pièce alors que tout le monde est déjà assis

Phobie sociale de performance : courant ? 

L’anxiété de performance varie énormément selon les groupes d’individus. 

Par exemple chez les musiciens jouant en concert devant plusieurs dizaines de personnes, ce trouble est beaucoup plus fréquent qu’ailleurs. 

Un trouble fréquent…

Ainsi, une étude menée sur des orchestres a démontré que 19 % des femmes souffriraient d’anxiété de performance, contre 14 % chez les hommes. 

À noter que les personnes les plus touchées étaient âgées entre 35 et 50 ans. 

Dans les réunions de travail, j’ai souvent la bonne idée avant tout le monde, mais je n’ose pas l’exprimer. Le regard des autres et le jugement me paralysent. Le scénario est toujours le même. L’idée me vient, je me dis que je vais prendre la parole pour la proposer, et la, tout dégringole. Mon cœur s’accélère, mes pensées s’embrouillent. Ducoup, j’ai pris ‘habitude d’entendre systématiquement un autre la proposer et recueillir les compliments.

Philippe, employé dans une grande entreprise

Et handicapant

La phobie sociale de performance peut également être à l’origine d’un handicap important. 

Une autre enquête menée dans une école de musique a révélé des chiffres assez inquiétants.

Ainsi, 17 % des étudiants estiment que la qualité de leur performance est fortement perturbée par l’anxiété. Et 16 % déclarent refuser de participer à un concert en raison de l’anxiété.

Si vous êtes phobique social, alors vous êtes sans doute au courant que l’alcoolisme constitue l’un des risques majeurs. Mais qu’en est-il de la phobie sociale de performance ? 

Dans la même étude chez les étudiants de l’école de musique, 30 % avouaient prendre un verre d’alcool fort avant de jouer.

La prévalence est donc globalement forte.

Personnellement, je fonctionnais un peu pareil lors de mes sorties. Je faisais en sorte de boire assez vite au tout début, afin de diminuer l’anxiété, et de me sentir bien. 

alcool

Pourquoi êtes-vous atteint de phobie sociale de performance ? 

Les causes de l’anxiété de performance ne sont, à l’heure actuelle, toujours pas clairement identifiées.

Il semblerait cependant qu’elle soit due à plusieurs facteurs. De manière générale, ces théories reflètent un peu les théories sur l’anxiété généralisée.

Voici donc les trois causes qui provoqueraient une phobie sociale de performance

1- Théorie du conditionnement 

L’anxiété de performance est ici considérée comme une phobie.

Par exemple, une jeune pianiste avait fait une succession de fausses notes lors d’une audition, car sa robe gênait le fonctionnement de la pédale. Par la suite, le toucher de cette robe provoquait une sensation de malaise. 

Et d’après l’étude de Hofman, 89 % des personnes souffrant d’une anxiété liée à un discours en public rapportaient une expérience traumatique dans leur passé.

On estime donc que les expériences traumatiques sont à la base de l’anxiété de performance. 

2- Une perspective cognitiviste 

Une personne entrant dans une situation sociale, et plus encore s’il s’agit d’exécuter une performance, est comparable au funambulisme sur sa corde raide. Il se sent vulnérable et devient hyper attentif à sa moindre faute. Il se sent obligé de suivre un certain nombre de règles et la confiance qu’il a en lui est en constante relation avec la qualité de sa prestation.

Beck

Pour Beck, les pensées à l’origine de la vulnérabilité générée par la situation d’évaluation peuvent se regrouper en trois sphères.

  1. Pensées diriger vers la performance elle-même. « Dans quelle mesure ce test mesure-t-il ma compétence ? Dans quelle mesure va-t-il prouver, à moi et aux autres, ce dont je suis capable ?« . 
  2. Des pensées dirigées vers le jury. « Quel est mon statut par rapport à mes évaluateurs ? (inférieur, supérieur, parité) ? Dans quelle mesure est-il important d’établir une relation complémentaire (où l’un occupera une position haute et l’autre une position basse) et à quel degré ? Quelle est l’attitude des évaluateurs ? (acceptation ou rejet)« . 
  3. Pensées diriger vers les émotions. « En quoi mon émotivité va-t-elle influencer ma performance ?« . 

Il devient possible de remonter aux schémas de base.

Pour Beck, les situations d’évaluation entraînent une pression sur l’individu, qui se sent obligé de se conformer à des lois arbitraires rigides sous peine de subir une punition.

Dans le cadre du discours en public, il estime qu’il doit adopter obligatoirement un phrasé où le ton, l’intensité du volume de sa voix, l’articulation et la vitesse de son verbe, la fluidité de ses phrases sont régis par des règles immuables.

Le moindre écart à ces lois est estimé comme une faute grave qui entraîne le rejet à défaut de la réprobation. 

3- Le modèle intégré de David Barlow 

Le modèle intégratif de Barlow s’adresse à toutes les formes d’anxiété. Pour chacune d’entre elles, il existe des spécificités. 

Quatre facteurs vont entrer en jeu : 

  1. Une vulnérabilité biologique
  2. un événement de vie déclenchant des réactions de stress
  3. une réaction d’alarme vraie
  4. une réaction d’alarme apprise. 

La vulnérabilité biologique semble fréquente dans chacun des troubles anxieux. Elle apparaît plus nettement dans le cadre du trouble panique.

La réaction de stress crée une vraie alarme. Cette activation biologique chez une personne vulnérable va déclencher une fausse alarme.

L’excès d’activation s’associe avec l’expérience vécue et une structure cognitive va s’installer, interprétant cette situation comme une situation de danger.

Pour résumer : la constitution d’un cercle vicieux 

Un cercle vicieux entre cognitions et comportements va pouvoir se développer. 

Comme le constatait Nichols, la première attente de la personne victime d’anxiété de performance placé dans une situation d’évaluation est de pouvoir se conduire comme si de rien n’était.

Le discours en public mobilise ses compétences, et elle se donne comme obligation de se tenir convenablement, contrôler son balancement et parler intelligiblement.

À la première erreur, le phobique social pensera « »je n’ai aucun contrôle sur le fonctionnement de mon esprit et de mon corps », détruisant peu à peu la confiance qu’il pouvait avoir en lui.

Des symptômes comme le balancement, une voix caverneuse, la perte de la fluidité verbale, une posture rigide devient signifiante de perte de contrôle.

Différence majeure avec l’attaque de panique, le malaise est perçu par l’audience.

L‘orateur doit faire face à ce qu’il perçoit comme une agression interne et au jugement de son public. Il projette sur ce dernier ses propres appréhensions : « Ils me voient nerveux, névrosé, immature, incapable… « .

Deux phénomènes proches de la phobie sociale de performance

Problèmes d’érection

Situation de performance par excellence, les relations sexuelles sont à l’origine de troubles que l’on peut rapprocher de l’anxiété de performance.

Les problèmes d’érections masculines représentent le plus fréquent motif de consultation dans les centres de soins spécialisés.

Les processus cognitifs dans l’anxiété de performance et dans les problèmes d’érections masculines sont très proches. On y trouve : 

  • Une pensée dichotomique (en tout ou rien) : si la performance attendue n’est pas totale, c’est qu’elle ne vaut rien (« l’érection ne vaut rien si elle n’est pas à 100 %« ).
  • Une surgénéralisation : un événement négatif devient prédicteur d’une incapacité globale (« je n’ai pas eu d’érection la nuit dernière : je n’en aurais plus à l’avenir« ).
  • Une disqualification du positif : vous sélectionnez les informations et réduisez l’impact des évaluations positives (« ma partenaire m’a dit que c’était bien la nuit dernière. Elle le dit uniquement pour que je ne me sente pas trop nul« ) 
  • Des inférences arbitraires : vous tirez des conclusions sans preuve (« ma partenaire doit penser que je suis un piètre amant », sans que cette dernière n’ait manifesté de comportements en faveur de cette supposition). 
  • Une anticipation négative : « je vais perdre mes capacités érectiles ce soir« .
  • Une confusion entre l’émotionnel et le réel. Votre raisonnement se base sur des éléments émotionnels et non plus réels : « je le sens, ce doit être vrai« .
  • Une obligation de cataloguer. Les schémas de base en sortent ainsi renforcés : « je dois avoir une érection à chaque fois que ma partenaire désire un rapport« .
  • La pensée catastrophique est l’issue classique des raisonnements anxieux. L’événement est mis en perspective et la suite ne peut être qu’une catastrophe : « ce soir, je n’aurai pas d’érection et elle me quittera« .

L’anxiété aux examens

Les troubles observés dans le cadre de l’anxiété aux examens et de l’anxiété de performance sont proches pour ne pas dire identiques. 

L’étudiant va craindre de perdre le contrôle de lui-même et il va se sentir submergé par son anxiété.

Les attributions de réussite feront avant tout appel à une causalité externe (les échecs sont liés à soi alors que les réussites sont en relation avec des phénomènes extérieurs comme la chance de tomber sur un sujet connu ou sur la bonne volonté de l’examinateur).

Logiquement, les étudiants les plus anxieux sont ceux qui repassent le plus souvent leurs examens. 

Les quatre stratégies d’ajustement spécifiques se retrouvent régulièrement chez les étudiants en situation d’examen : 

  1. Une tentative pour contrôler le danger : l’étudiant révise, modifie son rythme de vie pour se préparer (exemple : se coucher plus tôt, prendre moins de loisirs, etc.). 
  2. Une répression de l’anxiété : c’est le plus souvent un recours à la « méthode Coué » : l’étudiant se dit qu’il est bien meilleur que les autres et qu’il n’y a aucune raison de s’en faire. La plupart du temps, la confrontation à la réalité de l’examen se révèle douloureuse.
  3. Le contrôle de la situation : l’examen semble inévitable, mais il existe en réalité des stratégies d’évitement : tomber malade, oublier de se réveiller, ou tricher. 
  4. Enfin le contrôle de l’anxiété : par une réévaluation cognitive. 

Pour ma part, j’étais en plein évitement, c’est-à-dire que soit je ne venais pas dutout, soit je faisais l’examen le plus vite possible.

Pourquoi ?

Pour pouvoir dire, si j’avais raté, que « je l’avais fait en 1h au lieu de 3, donc c’est normal ».

Jetez un coup d’œil à mes bulletins scolaires pour voir tout ça !

Comment sortir de la phobie sociale de performance ? 

Maintenant que nous avons vu ce qu’était exactement l’anxiété de performance, d’où venait-elle, et des troubles fréquemment associés (problèmes d’érection…), comment s’en sortir définitivement ? 

Et bien à cette question j’ai une réponse, qui risque de peu vous plaire. 

Nous avons vu au début de cet article que l’anxiété de performance ne veut pas forcément dire phobie sociale, mais que phobie sociale entraîne de manière quasi systématique une anxiété de performance. 

Si vous lisez encore ces lignes, c’est certainement que vous êtes victime, en plus d’anxiété de performance, de phobie sociale. 

La seule solution (je dis bien la seule), pour vous sortir alors de cette anxiété de performance, sera de guérir définitivement de votre phobie sociale

Il est quasiment impossible de guérir seulement votre anxiété de performance en restant phobique social, pour la simple et donner raison que l’anxiété de performance découle directement de votre phobie sociale !

Si vous voulez sortir de votre phobie, vous pouvez accéder à une série de vidéos gratuite ou je vous dévoile comment j’ai fait pour vaincre ma phobie sociale. 

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À tout de suite, de l’autre côté 🙂

    5 replies to "Phobie sociale de performance : quand vos objectifs sont démesurés"

    • Félix

      Tiens ca tombe bien je suis musicien !

      Et effectivement on est beaucoup plus sujet à l’anxiété de performance, étant donné nos prestations en public…

      Pourtant on pourrai pensé que l’on s’y habitue. C’est en partie vrai, mais parfois non. J’ai plusieurs collègues qui ne se sont jamais habitué à cela, et qui sont forcé de prendre des médicaments avant des concerts, voir de boire un petit verre 😉

      En tout cas très bon article 🙂

    • Bruno Grls

      Alala… mon anxiété de performance m’a détruit ma scolarité. Je me suis auto saboter du début à la fin, et j(ai eu un petit sourire en coin lorsque j’ai lu tes bulletin de note, tellement je me revoie dedans… très bel article, bravo

    • Mèlanie

      Très belle vidéo, j’adore ce format, tes explications sont claire, bien articuler, et pas compliqué ! Merci Quentin

    • Vanessa Rodhez

      Je ne savais pas que l’anxiété de performance était liée comme cela à la phobie sociale… je comprend mieux maintenant d’une part mes symptômes d’isolement, et de l’autre mon auto sabotage permanent

    • Dylan89

      ah ben moi je souffre clairement d’anxiété de performance. Surtout au travail, j’ai sans cesse l’impression de ne pas être à la auteur, je n’en peut plus…

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